Leçon 3 : Pourquoi peut-on parler d’une crise politique en France depuis les milieu des années 1970 ?

1. un constat : les Français rejettent les partis au pouvoir.

Alternance politique pratiquement systématique depuis 1974. Trois exemples :

-En mai 1981, un président de gauche (PS), Mitterrand, est élu pour la première fois.

- des cohabitations : en 1986, en 1993 et en 1997, des présidents d’un bord doivent nommer un premier ministre de l’autre camp suite à des élections législatives qui ont donné la majorité au camp opposé au sien.

- Le 21 avril 2002, Jospin, chef du gouvernement PS sortant n’est pas sélectionné pour le second tour : Jean-Marie Le Pen leader du parti d’extrême-droite, le Front National, affronte J. Chirac réélu le 5 mai avec 82% des voix. L’abstention atteint des niveaux inégalés.

En 2007, le candidat de droite UMP est élu avec un taux de participation inégalé (86% de participation). Il succède à un président UMP. Est-ce la fin de l’alternance ? Pas vraiment : de 2002 à 2007, la droite a subi deux échecs : aux régionales de 2004 et au référendum sur le traité constitutionnel de 2005. Surtout, les 4 candidats arrivés en tête au 1er tour ont insisté pour dire qu’ils incarnaient le « changement », la « rupture », (Jean-Marie Le Pen, François Bayrou, Ségolène Royal et même le vainqueur, Nicolas Sarkozy, alors que son parti dirige la France depuis 5 ans).

2. Quels sont les changements politiques et sociaux depuis 1974  ?

Au milieu des années 1970, deux changements modifient le contexte social et économique :

-             les contre-coups de la révolte de mai 1968 qui ont montré la nécessité de faire évoluer la société vers plus de liberté, plus de modernité, plus d’égalité (place des femmes, des jeunes) ;

-             la fin des 30 Glorieuses et l’avènement d’une période de crise économique avec un taux de chômage élevé.

a)      vers une société plus « moderne » :

Retenons, pour le premier thème, des exemples : Simone Veil, ministre de VGE,  fait adopter par l’Assemblée Nationale une loi légalisant l’avortement (1974) ; VGE abaisse l’âge de la majorité de 21 à 18 ans ; Mitterrand  abolit la peine de mort en 1981.

Le thème de l’insécurité, de l’identité nationale et de l’immigration sont plus présents depuis une dizaine d’années. La société semble réclamer une société plus répressive. M. Sarkozy proclame son intention de revenir sur l’héritage de Mai 1968 accusé d’avoir bradé l’autorité et le respect.

b) répondre au défi du chômage :

Pour améliorer la situation économique et sociale de la France, la gauche et la droite proposent deux voies différentes :

          - l’Etat-Providence : la gauche propose un plus grand engagement de l’Etat pour protéger les couches les plus modestes des licenciements, baisses de salaire, hausses de loyer, partage de du temps de travail (35 heures).

          - le libéralisme économique : la droite est favorable au désengagement de l’Etat qui freine l’activité économique donc la croissance et ses effets positifs pour l’emploi.

Dans les faits, les politiques suivies s’écartent vite des discours de programme. Ainsi, après 1983, la gauche adopte une politique plus libérale et moins étatiste. De son côté, face à l’accroissement du fossé entre riches et pauvres dans la société française, Jacques Chirac argumentera sa campagne électorale de 1995 autour du thème de la réduction de la fracture sociale.

Finalement ce qui domine est un respect du modèle social français : l’Etat reste protecteur pour les individus dans une économie capitaliste.

Aujourd’hui, la droite semble avoir fait le choix d’un libéralisme affirmé qui a convaincu les Français (le monde est de plus en plus libéral) alors que la gauche  de gouvernement (PS) n’a toujours pas tranché entre une voie de gauche antilibérale et sociale-démocrate (assumant le libéralisme).

3. En quoi ces changements expliquent la crise politique ?

La crise politique que connaît la France depuis une trentaine d’années (voir 1 de la leçon) relève surtout de l’incapacité des pouvoirs politiques à régler véritablement le problème d’un chômage de masse ( entre 8 et 10 % de la population active sur la période). Les Français ont le sentiment d’une vie de plus en plus dure : le sentiment que leur pouvoir d’achat baisse, que leurs enfants vivront moins bien qu’eux-mêmes.

Cette crise de confiance les pousse donc à sanctionner régulièrement les hommes politiques qui n’ont pas su répondre à leur angoisse. Ainsi peuvent s’expliquer l’alternance ou le vote pour des partis protestataires (qui dénoncent « le système »). Si on analyse ainsi la carte des votes FN, remarquons que la France à l’est de la ligne Le Havre- Marseille est la plus lepéniste (avec des nuances bien sûr). Il s’agit des régions les plus anciennement  industrialisées et qui ont le plus souffert de la crise (chômage, licenciements…). Ce vote est aussi lié à la présence de fortes minorités immigrées, régulièrement désignés par le FN comme les fauteurs de troubles (ils prennent le travail des « Français », profitent des systèmes sociaux…). C’est un phénomène bien connu : en période crise, les minorités sont les boucs-émissaires désignés.

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Conclusion : la fin d’une période de prospérité (les Trente Glorieuses) a développé un sentiment de « déclin français » auprès de nombreux citoyens ( alors que le revenu moyen n’a, en fait, cessé d’augmenter). Les conséquences politiques sont importantes : alternances, cohabitations, avènement d’un vote protestataire fort (extrême gauche et extrême-droite). Quelles seront les conséquences de l’arrivée de N. Sarkozy à l’Elysée le 6 mai 2007 ?